FREDRIKA STAHL


La Cigale - Paris - FREDRIKA STAHL

1ère partie : Tina Dico

Avec « Sweep me away », Fredrika Stahl, 25 ans, déjà forte de deux albums internationalement reconnus, accède à une nouvelle plénitude musicale.
D’abord, il a fallu en finir une bonne fois pour toutes avec le désir de bien faire qui sommeille en tout Suédois qui se respecte. « Avant, j’avais tellement peur de faire une fausse note que je m’appliquais trop, dit-elle. Je voulais que tout soit parfait. Et j’ai fini par lutter contre cet aspect trop perfectionniste de ma personnalité et apprendre à me laisser aller. » Et la jeune Suédoise timide exilée en France depuis sept ans, ayant conquis de haute lutte son droit d’entrée dans le monde du jazz à coup de compositions jazz-pop léchées a arrêté de jouer à la bonne élève pour être enfin la reine du bal.

Un bal romantique et quelquefois déglingué, où la pop se teinte de soul/ hip hop acoustique et se dévergonde avec quelques accords de piano jazz-blues ou des cuivres très hot. Où la voix – sa voix, doublée, arrangée, traitée pour ce qu’elle est, un instrument – se perche parfois dans les hauteurs pour jouer avec les notes comme avec des perles de couleur. Où un orchestre de douze cordes apporte un brillant subtilement lyrique dans un univers sonore pas exempt de fêlures et de fragilités. Et où l’on ne perd jamais de vue que l’on a affaire à une vraie mélodiste, qui vous ravit l’oreille avec des chansons que l’on fredonne longtemps après les avoir écoutées.

Elle qui, d’habitude, imagine des morceaux au format plutôt pop et fait ensuite confiance aux musiciens de jazz qui l’accompagnent pour les arranger est allée le plus loin possible dans la confection des maquettes. « C’est la première fois que je faisais des maquettes aussi élaborées, avec beaucoup d’arrangements vocaux, même si je n’ai jamais pris de cours de chant. Et les chansons terminées sont très proches des démos originales. Je me suis retrouvée toute seule face à mon clavier, pendant un an, dans un appartement à Stockholm que j’avais loué. En France, je me sentais déracinée. J’avais besoin de me recentrer sur moi, de faire de la musique dans mon coin. Ce fut une expérience très intense. »

Les dernières années avaient été plutôt consacrées à tourner, au Japon, en Allemagne, où Fredrika Stahl est très appréciée pour sa capacité à tout donner sur scène, et pour son énergie souriante étonnante chez cette blonde et frêle jeune femme qui a joué devant Herbie Hancock, Richard Bona ou Maceo Parker. « Le jazz, pour le live, c’est génial, j’ai énormément appris. Au début, il y avait un décalage car j’avais vingt ans à peine et je jouais avec des musiciens de cinquante ans. Mais le fait que j’écrive moi-même mes chansons m’a sauvée. Et maintenant, je me sens capable de tout tenter, chanter avec un big band ou reprendre des standards, ce que je fais d’ailleurs souvent. »

A l’origine de cette passion pour cette musique, ses premiers pas à Paris, dans des clubs comme le New Morning ou le Duc des Lombards, lorsqu’à dix-sept ans, juste après son bac, elle décide de venir passer une année sabbatique en France. « J’ai suivi une partie de ma scolarité, de quatre à douze ans en France, et lorsque je suis rentrée en Suède avec mes parents, à douze ans, j’ai eu un choc. En France, je me sentais suédoise mais en retournant dans mon pays, je me suis aperçue que les autres filles de ma classe n’écoutaient pas la même musique que moi, ne regardaient pas les mêmes séries à la télé et que tout un pan de la culture quotidienne m’échappait. Du coup, j’ai eu envie de revenir ici. » Elle qui voulait d’abord être danseuse se découvre un amour pour la musique et fait la connaissance, dans le pub anglais où elle travaille comme serveuse pour arrondir ses fins de mois, d’un producteur, Geef , fan de soul américaine et de hip hop, qui l’accompagnera sur ses deux premiers albums.

Sept ans plus tard, c’est encore Geef, en étroite collaboration avec Jeff Delort, co-réalisateur de quatre titres sur son deuxième opus, qui se sont chargés de réaliser « Sweep me away ». « Ils sont très différents tous les deux, mais complémentaires. Geef s’intéresse au groove, aux rythmiques, Jeff, aux textures et au son. » De très bons musiciens de jazz ou de funk comme le pianiste Eric Legnini, le bassiste Daniel Romeo, le batteur Arnaud Renaville ou Romain Collin, un pianiste français installé à New York ont apporté une touche inimitable à l’album. « Car même s’ils ne jouent pas du jazz, ils ont une couleur particulière ». Pareil pour la talentueuse Edith Fambuena qui, venant d’un univers plus pop, a fait pratiquement toutes les guitares. « J’adore sa fragilité ».

Le résultat est très féminin et très personnel, à la manière des auteurs-compositeurs que Fredrika admire comme Regina Spektor ou Emiliana Torrini. On ne se lasse pas d’écouter « Sweep me away » et son piano inquiet relayé par des violons tourmentés, le refrain intimiste et rêveur de « Fast Moving Train », la valse-ritournelle de « A drop in the sea », évocatrice de paysages nostalgiques, la mélodie chaloupée de « Fling on boy », « My own special way » et son côté soul à l’ancienne, le charmant et ensoleillé « Song of July », la perle pop « Rocket trip to Mars » ou l’adorable « So High ».
Comme on ne se lasse pas d’admirer la tranquille métamorphose de Fredrika Stahl, de chrysalide jazz en papillon pop.







Organisateur : AGDL

Prix non défini


Ouverture des portes une heure avant le spectacle